Le Temps où nous chantions — D’après Richard Powers | Cie Les Blouses Bleues

Théâtre Documentaire · Cie Les Blouses Bleues

Le Temps
où nous
chantions

D’après le roman de Richard Powers — Une fresque musicale sur le racisme aux États-Unis, des années 1930 aux Black Panthers

Création2022
Mise en scèneFrédéric Laforgue
ChorégraphiesSerge-Aimé Coulibaly
FormeThéâtre · Musique · Cinéma · Danse

Je lus dans un magazine wallon qu’un noir américain avait plus de chances d’aller en prison que d’assister à un concert de musique de chambre.

Richard Powers — Le Temps où nous chantions

Chanter comme on résiste

Ce projet de spectacle musical est la première création et adaptation française du roman de Richard Powers, Le Temps où nous chantions, proposée dans une forme originale entremêlant musique, arts de la scène et cinéma. Cette forme permet de donner à ressentir la polyphonie temporelle présente dans ce livre qui fonctionne comme une fugue à quatre voix, mais aussi la richesse documentaire et historique de ce roman-fleuve.

Faire un spectacle à partir du roman de Powers, c’est aborder avant tout l’histoire du racisme et de la discrimination à travers le prisme de la musique, en cheminant des années 30 à nos jours — de l’antisémitisme des années 30 aux Black Panthers, de la règle de la goutte de sang des esclaves, jusqu’aux émeutes de Californie, et le passage à tabac, par la police, de Rodney King.

Le roman de Powers décrit la peur, les intimidations, le racisme ordinaire, les contrôles au faciès. Il évoque l’injustice, les émeutes, ce racisme qui s’acharne contre ceux qui veulent simplement vivre. C’est un livre poignant et moderne dont l’histoire se poursuit encore aujourd’hui notamment à travers le mouvement des black lives matter.

Survivre grâce à la musique qui est un chez-soi pour ceux qui n’en ont pas, et peut-être une patrie pour les apatrides et les citoyens du monde. La musique est à travers tout le livre un élan vital qui se fracasse contre l’infamie et la bêtise. Elle vaut à la fois comme arme et armure face à la violence du monde, donnant à entendre, avec ses moyens propres et universels, la lutte contre les injustices, les inégalités, mais aussi la résistance aux forces morbides qui hantent et abîment la civilisation.

Ce spectacle-opéra réunit la musique, le théâtre, le cinéma, la vidéo, mais aussi la chorégraphie à travers le travail de Serge-Aimé Coulibaly autour de la question de la discrimination et de l’oppression, et de la violence infligée aux corps. Apportant un rythme, un rituel, une cérémonie de vie, de résistance, pour faire fuir les races, le genre, les classes, et les nations.

Frédéric Laforgue — Mise en scène et réalisation

Un fleuve humain à la couleur mélangée

Le 9 avril 1939, à Washington, la contralto Marian Anderson chante en plein air devant le Lincoln Memorial. Pour cause de négritude, elle s’était vu refuser le Constitution Hall. C’est Eleanor Roosevelt qui permettra que le concert se tienne aux pieds de l’homme qui abolit l’esclavage.

Tel est le point de départ du roman de Richard Powers. C’est à Pâques, au cœur du « fleuve humain à la couleur mélangée », que David Strom, juif blanc tout juste arrivé d’Allemagne, rencontre Delia Daley, étudiante noire mélomane de Philadelphie. David est un physicien, fils de l’Europe anéantie par l’antisémitisme. Delia, descendante des esclaves africains.

De cette union improbable naîssent trois enfants — protagonistes du roman, à la peau « couleur de savonnette » ou de « lait boueux », chantant les paroles des Blancs d’Europe — et singulièrement d’Allemagne. Soixante années de l’histoire américaine vont défiler à travers leur destin : Jonah le ténor mondialement célèbre, Ruth qui rejoindra les Black Panthers, Joseph « Joey » le narrateur mélancolique, scribe de l’épopée familiale.

Les enfants Strom — au-delà de la couleur

— I

Jonah Le ténor

Sa voix semble assez forte pour guérir le monde de tous ses péchés. L’enfant a l’oreille absolue. Il deviendra l’un des plus grands ténors au monde, jouant les madrigaux de la Renaissance — « rien de postérieur à 1610 », exige-t-il.

— II

Ruth La sœur revoltée

Son don inouï pour le chant ne survivra pas au décès de la mère, morte dans un incendie criminel. Elle reniera l’éducation familiale pour s’engager aux côtés des Black Panthers — ajoutera son nom à la liste de ceux que recherche l’Amérique blanche.

— III

Joseph « Joey » — le narrateur

Scribe mélancolique de l’épopée familiale, pianiste indéfectible de son frère. Il lie son destin à celui de Jonah et tente jusqu’au bout de maintenir l’unité de la famille, perméable plus que tous au destin de la condition humaine.

Du madrigal au hip-hop

Les musiques et chansons sont interprétées sur la scène en lien avec d’autres sons et musiques présentes dans le film. L’œuvre croise des musiques classiques et populaires, mais aussi des atmosphères faites de combinaisons denses et implosives de sons divers et dissemblables, renvoyant aux samples des DJ de rap.

Du jazz à la culture hip-hop, en passant par les arrière-cours bigarrées des immeubles des quartiers afro-américains, tout est affaire d’éclectisme et de recyclage savant — cette idée de recyclage, de collage qui débute avec la dépossession de la langue maternelle africaine et se répand sur toutes les formes d’expression culturelles. Le fameux Concerto de Aranjuez de Joaquin Rodrigo ou Sketches of Spain de Miles Davis — l’Espagne comme « le seul lieu où un Noir Américain puisse se sentir chez lui ».

Répertoire convoqué sur la scène
  • Motets de Palestrina
  • Madrigaux de Josquin Desprez
  • La Jeune Fille et la Mort, Schubert
  • Aria de Mozart
  • Mendelssohn
  • Brahms
  • Cole Porter
  • Miles Davis — Sketches of Spain
  • Matana Roberts
  • Follow the Drinking Gourd
  • Funk, hip-hop & rap chantés en direct
  • Gospel, blues, spirituals

Théâtre, cinéma, contrepoints

Le roman de Powers est une fresque des États-Unis de 1933 à 1971, avec une diversité géographique qui nous fait passer de Boston à Oakland, Atlantic City, Chicago et New York. Afin de restituer ces différents lieux et moments, le travail s’appuie d’abord sur des archives et sur les photographies de Gordon Parks, l’un des plus grands photoreporters noirs américains.

Le film projeté sur la scène entremêle des images documentaires, des scènes jouées par les acteurs, et des séquences filmées au cœur des lieux de mémoire américains — autant de flashbacks en contrepoint des moments scéniques. Une caméra subjective évoque le point de vue du romancier. Un personnage regarde des extraits du film d’Agnès Varda sur les Black Panthers, mettant en abîme la grande histoire au cœur de la petite.

Un dispositif vidéo constitué de maquettes et de petites caméras filmant en direct donne à voir différents lieux et matières : la terre rouge, les chemins de fer, la bombe nucléaire, la destruction d’une ville, l’incendie d’un immeuble miniature. Des tulles et des écrans en PVC laiteux créent des ambiances spectrales.

Ce pays doit savoir le danger qu’il y a à persévérer dans cette voie. Aurait-il lâché cette bombe sur l’Allemagne, le pays de Bach et autres Beethoven qui vous sont si chers ? L’aurions-nous utilisée pour anéantir une capitale européenne ? Ou bien cette arme a-t-elle été conçue depuis le début pour être utilisée contre des individus d’une autre couleur de peau ?

Richard Powers

Un théâtre documentaire

Depuis sa création en 2001, la Compagnie Les Blouses Bleues développe une démarche singulière de théâtre documentaire qui croise les arts de la scène, le cinéma, la vidéo et la musique. Une écriture qui se nourrit du réel — fait divers, mémoire vive, témoignages, archives, terrain — pour questionner les rapports de domination, les violences sociales, les vies oubliées.

Le Temps où nous chantions s’inscrit pleinement dans cette ligne : adapter un roman-fleuve pour faire dialoguer fiction et matériaux historiques, voix singulières et grand récit collectif. Cette approche dialogue avec d’autres créations de la compagnie qui partagent la même exigence documentaire.

Les forces en présence

Mise en scène & réalisation
Frédéric Laforgue
Chorégraphies
Serge-Aimé Coulibaly Faso Danse Théâtre
Direction musicale
Emmanuel Olivier
Musiques
Malik Berki
Conseiller musical jazz-funk
Eric Legnini
Adaptation
Frédéric Laforgue, Haïla Hessou, Pierre Chevallier
Direction technique
Christophe Fougou
Chef opérateur live
Laszhlo Sefsick
Vidéaste
Bénédicte Alloing
Costumière
Léa Drouault

Distribution

  • Loup-Denis Elion
  • Jean-Paul Méhansio
  • Gaël Sal
  • Jina Djemba
  • Mathilde Cardon
  • Sylvain Savard

Ceci est un livre,
celui qui le touche, touche un homme.

Walt Whitman

Partenaires du projet

  • Le Phénix scène nationale — Pôle européen de création, Valenciennes
  • Le Tandem scène nationale d’Arras
  • La Barcarolle EPCC Saint-Omer
  • Maison Folie de Wazemmes
  • Ville de Lille
  • Ville de Tourcoing
  • Ville de Roubaix
  • Pictanovo — Communauté de l’image en Hauts-de-France
  • DRAC — Ministère de la Culture et de la Communication
  • Région Hauts-de-France
  • Département du Pas-de-Calais
Avec la participation de Le Jeune Théâtre National et l’École du Nord — dans le cadre du dispositif d’aide à l’insertion de la Région Hauts-de-France