Un seul-en-scène d’après le récit de Nastassja Martin — l’expérience de la brèche entre les mondes humain et animal.
L’autrice
« Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C’est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l’actuel ; le rêve qui rejoint l’incarné. »
— Nastassja Martin, Croire aux fauves, Gallimard, 2019
Anthropologue et ethnologue, spécialiste des populations du Grand Nord (Alaska et Sibérie). Ses recherches portent sur les Gwich’in d’Alaska et les Évènes de Sibérie orientale — des peuples qui entretiennent avec leur environnement une relation animiste profonde, fondée sur la réciprocité entre humains, animaux et forces invisibles.
En août 2015, alors qu’elle mène une enquête anthropologique auprès de la tribu des Évènes dans les montagnes du Kamtchatka, elle est attaquée par un ours. Grièvement blessée — l’animal lui arrache une partie de la mâchoire —, elle entame un long parcours de soins entre la Sibérie, un hôpital russe et l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
De cette expérience hors du commun, elle tire le récit Croire aux fauves (Gallimard, 2019) : un témoignage sur la reconstruction du corps et de l’identité, traversé par les cosmologies animistes des Évènes et leur figure de la miedka — l’être de la brèche, à mi-chemin entre l’humain et la bête. L’adaptation scénique est autorisée par l’autrice et les Éditions Gallimard.
Le projet
De la blessure à la métamorphose.
Que se passe-t-il quand un corps humain est traversé par celui d’une bête ? Quand la frontière entre l’humain et l’animal s’effondre dans l’événement d’une rencontre ? Croire aux fauves part du récit autobiographique de l’anthropologue Nastassja Martin, attaquée par un ours dans les montagnes du Kamtchatka en 2015. Le spectacle interroge ce que vivre veut dire à l’âge des effondrements écologiques — quand la dévastation des habitats nous oblige à repenser nos manières d’habiter le monde, et à écouter ce que les cosmologies non-occidentales ont à nous apprendre.
Note d’intention
Le 25 août 2015, l’anthropologue Nastassja Martin enquête dans les montagnes du Kamtchatka auprès de la tribu des Évènes, un peuple qui prend soin de la terre. Une rencontre va tout déplacer : un ours l’attaque, lui arrache un morceau de mâchoire, la laisse défigurée. De son corps recousu au fil des hôpitaux russes puis parisiens, elle écrit Croire aux fauves — récit d’une reconstruction, mais surtout d’une métamorphose. Quelque chose, depuis cette rencontre, l’unit à la terre sacrée des Évènes et à leurs cosmologies. Elle est devenue miedka — celle qui est passée de l’autre côté, et qui revient parmi les vivants en gardant la trace de l’autre.
Monter ce texte, ce n’est pas seulement raconter un événement traumatique. C’est ouvrir plusieurs questions vitales de notre époque : l’écologie, le désastre environnemental, le réensauvagement, la pensée animiste, et ce que les peuples vivant en sobriété avec la nature ont à nous apprendre. Quel monde habitons-nous, au juste ? Quel monde nos modes de vie occidentaux présupposent-ils ? Comment faire en sorte que ce monde puisse rester habitable ?
En écho à Les âmes sauvages, premier livre de Martin consacré aux Gwich’in d’Alaska — un peuple qui résiste à l’exploitation pétrolière dans une chasse lente, soucieuse des communs —, le spectacle convoque la figure d’une terre bafouée : excavation des énergies fossiles, déforestation, dévastation des habitats, effacement des cultures ancestrales et de leurs cosmogonies.
L’actrice incarne cette guerre des mondes qui traverse son corps devenu champ de bataille : entre l’humain et l’animal, entre l’Est et l’Ouest des deux rives du détroit de Béring, entre la prédation et la solidarité. Le travail chorégraphique mené avec Jean-Paul Méhansio donne à voir les déplacements de l’ours dans la forêt, la rémanence du sauvage dans le corps de la chercheuse. Une bande son spatialisée en quadriphonie, des images projetées issues du documentaire Tvaïn de Nastassja Martin et Mike Magidson, des éléments pyrotechniques et un vidéo-mapping ouvrent l’espace scénique sur des paysages mentaux — aurores boréales, montagnes enneigées, abysses, yeux de la bête.
Penser le spectacle comme une suture : à la fois la cicatrice et le geste qui répare, à la fois la blessure guérie et la trace toujours présente en soi. C’est par la langue de l’autre — par la figure évène de la miedka — que l’écriture trouve une forme de réconciliation. Et c’est dans cet écart entre les mondes que le théâtre fait son travail : nous apprendre à percevoir notre interdépendance avec les vivants, à comprendre que, lorsque nous les regardons, ils nous regardent aussi.
Imaginaire
Iconographie & filiations
Nastassja Martin · Croire aux fauves, 2019
l’écriture comme suture
Le plateau, les paravents-écrans, les images en mouvement
la scène comme paysage mental
Charles Fréger · Wilder Mann, 2010
figures du sauvage dans les cultures traditionnelles européennes
Équipe
Conception, adaptation et mise en scène
Frédéric Laforgue
Interprétation
Lisa Hours
Musique & percussions
Marc-Antoine Moercant
Chorégraphie
Jean-Paul Méhansio
Création musicale & pyrotechnie
David Lemaréchal
Création lumières
Pierrick Lafages
Assistanat à la mise en scène
Aurélien Ambach Albertini
Texte source
Nastassja Martin, Croire aux fauves, Éditions Gallimard, 2019.
Adaptation autorisée par l’autrice et l’éditeur.
Images du documentaire
Tvaïn, de Nastassja Martin et Mike Magidson.
L’équipe — Biographies
Comédienne
Formée au conservatoire de Toulouse, elle entre à l’École Supérieure d’Art Dramatique de Lille (EPSAD) où elle travaille sous la direction de B. Sobel, G. Milin, M. Paquien et S. Loik. À sa sortie, elle est dirigée sur des textes contemporains (La mélancolie des Barbares, Le bruit des os qui craquent…). Elle cofonde le collectif « Les bâtards dorés », lauréat du festival Impatience 2017 (Prix du jury, Prix du public) avec Méduse, suivi d’une tournée avec 100 millions qui tombent (2020) au Théâtre de la Cité à Toulouse. Titulaire d’un master 2 de philosophie analytique et d’un DE théâtre (2023), elle enseigne au cours Florent de Bruxelles.
Batteur & percussions
Originaire du Nord-Pas-de-Calais, il étudie la batterie au conservatoire de Calais puis obtient sa Licence de Musicologie à l’Université de Lille 3 (2013). Il décroche son DNOP (médaille) en jazz et musiques improvisées au conservatoire de Lille, puis poursuit au Pôle Supérieur de Lille. Il mène un mémoire de recherche sur l’improvisation libre au Centre d’Études des Arts Contemporains. Actuellement professeur de batterie au conservatoire de Lille, il est batteur de plusieurs formations : Chaman Chomeur, JFC BigBand, Giorgio Harmonie, La Goutte.
Adaptation & conception
Parallèlement à des études de philosophie et de filmologie, il se forme à la mise en scène auprès de Guy Cassiers à Anvers et d’Herbert Wernicke à l’Opéra Bastille. Il fonde la compagnie Les Blouses Bleues en juin 2001, défendant une ligne artistique croisant arts de la scène et arts visuels. Artiste associé au Grand Bleu à Lille (2004-2007), il y crée une trilogie sur les trois âges de la vie. Il a notamment collaboré avec le philosophe Sidi Mohammed Barkat, le danseur Nabil Oueladj et le chorégraphe Serge Aimé-Coulibaly.
Création musicale & pyrotechnie
Programmeur, musicien et technicien, il vit et travaille à Lille. Avec le collectif Toys’r’Noise, il crée de la musique expérimentale et conçoit des machines sonores pour des installations, spectacles et performances. Il collabore avec Cie Tantôt, Les Yeux d’Argos, Johann Le Guillerm, Le Cirque Inachevé et le Studio National du Fresnoy. Formé aux effets spéciaux par la Compagnie La Machine, il explore la pyrotechnie pour le spectacle vivant.
Création lumières
Originaire de la métropole lilloise, il effectue des études en Arts plastiques & Spectacle (Valenciennes) puis en Filmologie (Lille 3). Technicien dans le spectacle vivant (Atelier Lyrique de Tourcoing, Studio National du Fresnoy), il devient régisseur permanent du Théâtre la Licorne avec Claire Dancoisne. Il collabore ensuite avec Alain Fleischer au Fresnoy et co-organise le Festival Hullabaluza (2008-2009), premier festival multiculturel éco-citoyen de la région Hauts-de-France.
Chorégraphie
Né à Bangolo en Côte d’Ivoire, diplômé en danse moderne, contemporaine et classique au CND de Pantin. Il vit en France depuis 2014. Danseur-interprète et chorégraphe, il a collaboré avec Olivier Dubois, Karima Mansour, Salia Sanou, Christina Towles et Georges Momboye. Ses tournées l’ont conduit dans de nombreux pays (Maroc, Tunisie, Sénégal, Égypte, Mali, Bénin, Côte d’Ivoire, Italie, Pologne, Belgique, Allemagne, Russie). Il développe actuellement plusieurs projets entre l’Afrique et l’Europe.
Disponibilité
Forme adaptable, déclinée en deux versions selon le lieu d’accueil :
— Version intérieure : vidéo-mapping et éléments pyrotechniques de scène, pour salles équipées et lieux culturels.
— Version extérieure : effets pyrotechniques homologués pour le plein air, pour parcs, jardins et espaces non conventionnels.
Le spectacle s’adapte aux théâtres, amphithéâtres, parcs, jardins et tiers-lieux culturels. Saisons 2026–2027 ouvertes aux programmations.
| Durée | 60 min (version intérieure) · 45 min (version extérieure) |
| Plateau / espace de jeu | à confirmer |
| Montage | 1 service de 4 heures |
| Équipe en tournée | 3 personnes (1 interprète · 1 musicien · 1 régisseur) |
| Public | Dès 14 ans · scolaires lycée et 3ᵉ |
Parc Engrand, Hellemmes-Lille — Lille 3000 (juin 2022) · Jardin des Ajoncs, Lille Saint-Maurice — Lille 3000 (septembre 2022) · L’Antre 2, Université de Lille (novembre 2022) · Maison Folie de Wazemmes (mars 2024)
Partenaires
Théâtre de la Barcarolle · Lille 3000 · Maison Folie de Wazemmes · Université de Lille
Soutiens
Ministère de la Culture · DRAC Hauts-de-France · Département du Nord · Ville de Lille · SPEDIDAM