Une fable du capitalisme — entre ruche, data center, robots et zombies
Comment survivre, à plusieurs, dans le système ? Un spectacle-performance qui entremêle théâtre joué, vidéo live, chorégraphie et chant, et croise abeilles, oiseaux du Québec, avatars numériques et zombies des « dead cities ». Une création de la compagnie lilloise Les Blouses Bleues.

À l'heure où les entreprises ont une âme, où les collègues sont des « petits amis », où il faut sourire pour booster les ventes.
Les salariés de Manta — web native spécialisée dans les technologies de l'information — subissent la pression de leur manager pour que la société soit un jour cotée en bourse. Manta est une « ruche data center » : elle collecte les données, traque ce que les gens laissent de leur vie sur les réseaux. « Nous transportons l'information comme les abeilles le nectar, pour faire du miel 3.0. »

La vie quotidienne d'une équipe : gestes robotisés, auto-évaluations, coaching, thérapie collective, lettres de (non-)motivation, sortie en boîte, body-attack, perte de soi dans un avatar numérique. Une richesse gestuelle fourmillante pour une certaine pauvreté existentielle — le travail nous traverse de mille devenirs et nous laisse seuls avec nous-mêmes.
Après le burn-out d'un employé, le manager Yann Apix emmène l'équipe « se ressouder » sur une île paradisiaque. Elle se révèle énigmatique et hostile, façon Lost ; Apix se mue en instructeur militaire de survie. La vie nue de l'animal humain, où des gestes primitifs refont surface et où il s'agit de survivre — souvent au détriment de l'autre.
Le temps se dilate jusqu'à des proportions cosmiques. L'humain se survit en meute de zombies, dans les anciennes mégalopoles devenues ruines. Apothéose finale : un mapping d'abeille géante enlaçant une minuscule forme humaine — le patrimoine de l'espèce, sauvegardé dans le génome d'une abeille et le silicium d'une vie numérique éternelle.


Le public se fait face. Entre les deux gradins : plusieurs écrans, des caméras manipulées en direct, des drones indoor, un avatar numérique en interaction avec un acteur qui veut fuir son corps et sa vie, et une dizaine de figurants zombies. L'image, la lumière et le son sont travaillés en temps réel ; la composition électronique de Thierry M'baye et les chorégraphies tissent une fresque tantôt grotesque, tantôt sublime.
Le spectacle croise textes poétiques chantés et scènes jouées : copyright, lettres de non-motivation, binge drinking, karaoké d'entreprise, chambre d'appel, auto-évaluation, mails et SMS en temps réel.

L'abeille traverse tout le spectacle : métaphore de l'intelligence collective, indicateur des dérèglements du milieu. Maeterlinck, dans La Vie des abeilles (1901), y voyait « l'objet le plus parfait de la logique de la vie ». Depuis 2006, des colonies entières disparaissent sans laisser de cadavres — le syndrome d'effondrement (Colony Collapse Disorder).
En s'inspirant de La Théorie de l'information d'Aurélien Bellanger, la pièce s'achève sur une vision apocalyptique : l'humanité a disparu, et il ne demeure qu'une espèce d'abeilles, apis mellifica syriaca, cachant dans son ADN — soigneusement encryptées — les données numériques de l'espèce humaine déposées sur les réseaux.
Le film d'entreprise de Lars von Trier ; le travail du documentariste Marc Bauder sur le monde du travail.
Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq ; La Théorie de l'information d'Aurélien Bellanger.
La Vie des abeilles de Maurice Maeterlinck ; le syndrome d'effondrement des colonies.
Le couple improbable Adam Smith & Jeff Koons ; la bande-son de Kraftwerk.


Programmer ou en savoir plus
sur K
06 10 76 53 75