Une sœur parle de son frère mort dans la rue, tué par un policier stagiaire. Elle évoque leur vie depuis leur naissance. Il est là, présent sur la scène comme un fantôme en résonance avec elle, il danse. Tous les deux retracent le parcours de sa vie jusqu’à ce soir-là, leurs peurs, leurs désirs, ce qu’il était, et ce qu’ils auraient pu être, dans le pays du rêve.
C’est avant tout sur le corps que la violence sociale, celle de la rue et de la police, s’exerce. Dans son texte Colère noire, Ta-Nehisi Coates montre bien comment les vêtements, chaînes, casquettes, protègent comme une armure. Il y a une sorte de préparation au combat pour affronter la rue, s’entre-exposer, raser les murs, se créer un masque, avoir un regard dur et un corps métallique pour se faire respecter.
Le spectacle donne à voir un contre-champ : comment raconter une brutalité policière à travers la parole d’une sœur qui ne veut pas croire à l’enquête ayant conclu à la légitime défense ? Donner à voir l’histoire du point de vue des lions et non pas des chasseurs, comme le dit Denetem Touam Bona dans Fugitif où cours tu ?
