
Au croisement du documentaire et du théâtre, un vieil acteur — figure de roi déchu — tente de faire renaître, dans un théâtre à l’abandon, le souvenir d’un amour perdu, quand la mémoire vacille.
If it is… naît d’une année d’immersion de Frédéric Laforgue au sein d’une unité gériatrique de l’hôpital Vert Pré à Roubaix. De cette expérience de terrain, le spectacle tire ses questions : le vieillissement, la maladie d’Alzheimer, la mémoire et la dignité humaine.
Dans une démarche documentaire affirmée, la compagnie a intégré au projet de véritables personnes âgées et des soignants — médecins, infirmiers, aides-soignants — présents dans les images. Cette porosité entre le réel et la représentation est le cœur même du geste.

Un vieil acteur tente de faire renaître, dans un théâtre abandonné, le souvenir de son amour perdu. Entre réalité et illusion, le spectateur est sans cesse invité à douter : voit-il le jeu d’un comédien, ou la manifestation réelle de la maladie ?
Le spectacle puise dans la réflexion de « Si c’est un homme » de Primo Levi — qu’est-ce qu’une vie humaine quand tout vacille, mémoire, identité, dignité ? Il en émerge le portrait d’une vie qui résiste, qui s’accroche avec rage à l’amour et au sens, refusant l’effacement.

Conçue comme une lente apparition, la scénographie part d’un plateau entièrement nu — une simple chaise, sur laquelle l’acteur âgé esquisse des mouvements fragiles, suspendu entre équilibre et chute.
Peu à peu le théâtre se recompose : pendrillons, lumières, projections, sons. Le lieu renaît sous nos yeux, comme une mémoire qui se reconstruit et se fissure en même temps.

Les chorégraphies de David Flahaut accompagnent la métamorphose, dans un univers mêlant images documentaires, vidéos, musiques et textures lumineuses. Des présences surgissent — dans les cintres, sous le sol, dans l’eau — comme des fantômes du passé.
Des corps apparaissent et disparaissent, des fragments de King Lear ressurgissent, projetés ou incarnés, dans une confusion volontaire entre fiction et réalité.

Avec Philippe Peltier, Dolorès Bouckaert, Anaïs Delmoitiez et Thibaut Martinet.

