
Création 2012 · Le Phénix, scène nationale de Valenciennes
D’après un texte inédit de Daniel Keene et « L’invention de l’hystérie » de Georges Didi-Huberman — un monologue où la folie hystérique fut inventée en étant théâtralisée et photographiée.
« Le masque est le chaos devenu chair. » — Georges Bataille
« Photographies de A » est un monologue poétique fascinant sur la folie — et plus précisément sur la manière dont la folie hystérique fut inventée en étant théâtralisée et photographiée. La pièce de Daniel Keene (2007) est née de la lecture du livre de l’historien de l’art Georges Didi-Huberman, « L’invention de l’hystérie ».
Le spectacle en est la première création française et mondiale, jouée en français dans la traduction de Séverine Magois comme dans sa version originale. Il éclaire d’un regard neuf le rapport de la folie à la théâtralité : ici, la folie est créée et augmentée par la rationalité médicale qui prétend la soigner.
Une interrogation, aussi, sur ce que signifie le mot « spectacle » dans « spectacle de la douleur ».


Dans le texte de Keene, « A » renvoie à Augustine, évoquée tout au long de « L’invention de l’hystérie » comme un chef-d’œuvre aux yeux du photographe. Mannequin, marionnette ou modèle, elle ne sait plus bien de quoi elle est la vedette.
« A », c’est aussi le A de l’Actrice — condamnée à séduire le photographe autant que le metteur en scène, captive d’une cage de scène qui doit en plus captiver. Un « malheur d’identité ». Lasse des expérimentations mortifères, Augustine finira par s’enfuir, déguisée en homme.
« Intermittente de son corps », l’hystérique vit dans le risque de se tromper sur l’appartenance de son corps.
Georges Didi-Huberman
Charcot et l’iconographie photographique de la Salpêtrière : l’ouvrage-source, où la douleur devient image et la clinique, théâtre.
Un monologue poétique (2007), concerto pour une voix sur le « malheur d’identité » — la pièce qui prolonge la performance Not Moi (Beckett / Bacon).
Au XIXᵉ siècle, un théâtre « scientifique » où la folie des hystériques fut photographiée, mise en scène, médusée — « j’inscris ce que je vois ».
Un patch « Pure Data » synchronise les événements visuels et sonores : le déclic de l’obturateur, le flash, la chute, le cri.
Le JOTAC, jeu d’orgue tactile, pilote projecteurs asservis, pars LED et stroboscopes 3000 joules. « Penser la lumière comme on pense la diffusion d’images. »
Diapasons 128 Hz de la « métallo-thérapie » de Charcot, voix captée en direct, piano à pouce bouclé, diffusion 5.1 (Reaktor, Ableton, Max).
Mapping dynamique et tracking (MadMapper, Kinect) : l’image projetée sur le seul corps de A, jusqu’à sa dissolution. Grain et persistance rétinienne.
« Le secret des portraits d’Augustine : un tremblement de temps blancs et de temps rouges. »d’après Georges Didi-Huberman
Au cœur de blancs silencieux et de noirs hantés par les spectres, le rouge émerge peu à peu, jusqu’à la fulguration finale où le corps de A implose par excès de lumière.


Création en mars 2012 au Phénix, scène nationale de Valenciennes. Coproduction Cie Les Blouses Bleues · Le Phénix, scène nationale de Valenciennes. Avec le soutien du CECN (Mons, Belgique), du Manège, scène nationale de Maubeuge, de la DRAC Nord-Pas-de-Calais et de la Région Nord-Pas-de-Calais.