Note d’intention
Ce premier projet de mise en scène au sein de la compagnie prend racine dans une volonté de revenir à la source des récits, à celles et ceux qui les vivent.
Je souhaitais ancrer ce spectacle dans une parole incarnée, dans des existences éprouvées.
Ce premier mouvement m’a naturellement conduit au ras du sol, vers le bas, vers la terre. À la rencontre et au contact des paysan·ne·s et des agriculteur·ice·s, et de ce qu’ils et elles ont à dire.
Qui mieux que celles et ceux qui travaillent la terre — et qu’elle travaille en retour — pour donner toute sa cohérence à cette démarche ?
À l’issue de multiples rencontres dans les territoires ruraux et agricoles des Hauts-de-France, un premier constat s’impose : le travail agricole n’est plus seulement un ensemble de gestes transmis et répétés. Il est devenu un travail total.
Un travail où s’entrelacent l’engagement physique et la haute technicité, les charges économiques et l’endettement, l’administration et les normes, la planification permanente, la solitude, l’épuisement, la responsabilité écologique, la mémoire familiale et les choix de vie. Dans ce monde, la question cruciale n’est plus « Comment faire ? » mais : Comment continuer ? Et surtout : Qui continuera ?
Ce spectacle de théâtre documentaire La Terre sous les ongles souhaite rendre sensible cette tension vitale : l’avenir d’un territoire suspendu à une décision intime — reprendre cet héritage ou partir ? Mettre en lumière des attachements et des interdépendances, de celles et ceux qui nous nourrissent et qui prennent soin de la terre.
— Lisa Hours, février 2026
Synopsis
Une performeuse entre seule en scène, dans un espace qui est à la fois une grange et un espace de mémoire. Par fragments — témoignages recueillis, gestes reconstitués, sons de terrain — elle traverse plusieurs années d’enquête auprès de paysans.
Le spectacle s’articule autour de cinq corps de métier : l’éleveur laitier qui vend son troupeau, la maraîchère en conversion bio, le vigneron qui lutte contre la sécheresse, la bergère qui pratique une transhumance menacée, l’apiculteur silencieux.
À travers eux, c’est une question qui revient : que reste-t-il d’un savoir quand le corps qui le portait disparaît ?
Questions dramaturgiques
La création s’est construite autour de quatre questions qui traversent l’ensemble du processus de recherche et d’écriture.
Comment un geste transmis de génération en génération porte-t-il une forme de mémoire que l’écriture ne peut pas capter ? Qu’est-ce que le théâtre peut faire de cette mémoire incarnée ?
Quelles formes d’attention au monde le travail agricole produit-il ? En quoi cette attention est-elle différente — voire opposée — à la logique productiviste qui détruit les paysans ?
Comment rendre présents sur scène des gens qui n’y sont pas ? Quel est le statut éthique d’une performeuse qui “joue” ou “cite” des existences réelles, concrètes, fragilisées ?
Peut-on faire du spectacle un espace où le public retrouve une relation physique au monde naturel ? Comment la forme du spectacle (lieu, lumière, son) peut-elle produire une expérience et non seulement une représentation ?
Lieu & scénographie
Le spectacle est conçu pour des espaces agricoles réels : granges, hangars, cours de ferme. La scénographie ne simule pas le monde rural — elle l’habite. Les objets en scène sont des objets de travail. Les sons proviennent de captations réelles sur le terrain.
L’espace scénique est ouvert, traversant, sans coulisses. Le spectateur est accueilli dans un lieu qui porte sa propre histoire, ses propres traces de travail et de temps.
Le spectacle se joue au crépuscule ou en début de nuit. Le public est debout ou assis sur des bottes de paille. La proximité physique avec l’espace et avec la performeuse est constitutive du dispositif.
La durée est de 70 minutes sans entracte. La jauge maximale est de 150 personnes, adaptable selon la configuration du lieu.
Une médiation de terrain est proposée aux groupes scolaires et professionnels agricoles avant chaque représentation.
Paysage sonore
La création sonore est au cœur du projet. Pendant deux ans, Anne Castex a effectué des captations de terrain dans des fermes, des forêts, des zones humides. Ces sons — bruits d’animaux, de machines, de météo — forment la matière première d’une partition qui dialogue avec la voix de la performeuse.
Il ne s’agit pas d’ambiance sonore illustrative. Le son est dramaturgique : il porte une temporalité, une présence, une relation au monde que les mots ne peuvent qu’effleurer.
L’équipe
Un projet porté par deux artistes dont la recherche part du terrain, de l’écoute, et d’une attention profonde aux savoirs du monde sensible.
Lisa Hours est artiste et metteuse en scène. Son travail engage des processus de recherche documentaire et d’enquête de terrain avant toute écriture dramaturgique. Fondatrice de la Cie Les Blouses Bleues.
Anne Castex est créatrice son et compositrice. Elle développe une pratique de captation et de composition à partir de matières sonores du quotidien, du travail et du vivant non-humain.