Un solo théâtral d’après le texte publié par Michel Foucault — interroger la construction sociale et politique du genre.
« J’ai vingt-cinq ans, et, quoique jeune encore, j’approche, à n’en pas douter, du terme fatal de mon existence. »
Herculine Barbin, 1860
Le projet
Herculine Barbin a vingt-cinq ans lorsqu’iel entreprend le récit bouleversant de sa courte existence. Nous sommes dans les années 1860. Iel raconte comment iel devint Abel, comment iel dut dissimuler un corps qui ne correspondait à aucune des catégories imposées, un corps assigné au féminin mais traversé par une identité et un désir que la société refusait de reconnaître.
Le spectacle s’empare de ce témoignage — précis, lucide, profondément moderne — pour interroger ce que les institutions médicales, juridiques et religieuses du XIXe siècle ont fait à un corps qui ne se laissait pas penser. Et pour mettre en résonance cette histoire avec les questionnements contemporains autour du genre, de la norme et de l’autodétermination.
Élevée dans des institutions religieuses, formée à devenir institutrice, Herculine grandit dans un univers profondément marqué par la discipline, le travail et le mérite. Très manuelle, appliquée, elle s’élève par l’étude et l’effort, accède à une forme de respectabilité sociale à laquelle elle s’attache profondément. Cette ascension fragile fait d’elle une véritable transfuge de classe avant l’heure : cultivée, lettrée, nourrie de lectures, elle aspire à une vie digne, protégée, stable. Mais son corps ne correspond pas. Jeune fille au teint fragile, à l’allure jugée étrange, attirée par d’autres femmes, Herculine vit dans la dissimulation jusqu’au jour où il lui devient impossible de continuer ainsi.
Devenir Abel, c’est tenter de vivre au grand jour, de sortir du mensonge, de s’inventer une place dans un monde qui n’en prévoit aucune pour les corps indociles. Mais cette émancipation se heurte à la violence des normes, au regard médical, juridique et social. En devenant juridiquement Abel, elle perd son emploi, sa place sociale, ses repères, et se retrouve brutalement exclue de l’espace qui l’avait jusque-là contenue et protégée. Elle quitte sa région, gagne Paris par le chemin de fer, devient cheminot. Mais la capitale ne lui offre qu’une visibilité violente : la presse s’empare de son cas, les médecins de son corps, dans une époque fascinée par les figures dites « monstrueuses ».
Isolé, ruiné, affamé, coupé de ses soutiens, Abel/Herculine entretient une correspondance poignante, notamment avec sa mère. Son attachement à Sara, un amour impossible, demeure l’un des rares points lumineux de son existence. Profondément marquée par une éducation catholique, habitée par l’idée de faute, de sacrifice et de salut, elle continue à chercher une forme d’innocence, un espace angélique où le corps et l’âme cesseraient enfin de s’opposer. Mais toutes les fictions disponibles, les récits autorisés, les identités possibles ne suffisent pas. Le monde ne lui offre aucun espace respirable et habitable. Abel/Herculine meurt seul, dans une chambre parisienne, asphyxié au gaz, laissant derrière lui ses manuscrits, ses lettres, et ce texte bouleversant qui traverse le temps.
Le solo, pensé comme une expérience immersive, donne à voir et à entendre les mécanismes par lesquels une société assigne, classe et nomme — tout en laissant émerger des espaces de trouble, de déplacements, de métamorphoses et d’émancipation. La dramaturgie repose sur la transformation progressive du corps et de la voix, faisant de la scène un lieu d’expérimentation où se croisent récit intime, archives historiques et enjeux contemporains. La mise en scène associe jeu théâtral, travail sur la voix amplifiée et sonorisée, création sonore et musicale, dispositifs de vidéo en surimpression et de captation en temps réel, afin de composer une écriture scénique où le corps devient à la fois archive, surface de projection et lieu de résistance.
Créé à Vendeuvre-du-Poitou en septembre 2024 — village de la famille de Michel Foucault, et co-produit par le Centre Michel Foucault et l’Association Jardin Michel Foucault —, le spectacle a été présenté en novembre 2025 dans le cadre du colloque international de Sciences Po Paris consacré aux relectures féministes de Michel Foucault. Il s’adresse tout particulièrement aux publics lycéen·nes et étudiant·es, et entre en résonance avec les programmes de lettres, de philosophie, de sciences humaines et sociales, d’arts plastiques et d’arts du spectacle. Par sa dimension artistique et pédagogique, il s’inscrit pleinement dans une démarche d’éducation artistique et culturelle, et peut être accompagné d’un atelier (Le Corps utopique, 2h30) permettant de prolonger la représentation par un travail de réflexion collective.
Imaginaire
Filiations
« A-t-on vraiment besoin d’un vrai sexe ? »
« Le genre est un faire répété — non pas un être. »
« Je suis l’archive d’une révolution à venir. »
Équipe
Disponibilité
La compagnie apporte l’intégralité du matériel scénique et technique. La forme s’adapte à tout type de lieu : théâtres, salles de classe et amphithéâtres universitaires, médiathèques, tiers-lieux culturels, lycées. Saisons 2026–2027 ouvertes aux programmations. Le spectacle est éligible aux programmes ADAGE et peut être accompagné d’un atelier de prolongement avec les publics.
| Durée | 40 minutes |
| Montage | 2 heures · 1 service |
| Démontage | 1 heure |
| Espace de jeu | Ouverture min. 3 m · hauteur 2 m · profondeur 2,50 m |
| Équipe en tournée | 3 personnes |
| Public | Dès 15 ans · scolaires lycée et étudiants |
Création à Vendeuvre-du-Poitou — Centre Michel Foucault (septembre 2024) · Sciences Po Paris — colloque international Relectures féministes de Michel Foucault (novembre 2025)
Partenaires & Soutiens
Centre Michel Foucault · Association Jardin Michel Foucault · Sciences Po Paris · Institut pour la Photographie de Lille
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