Spectacle en diffusion — Saisons 2026–2027

Pierre Rivière

Courant dans le monde comme un rasoir ouvert — un solo d’après le dossier réuni par Michel Foucault.

Forme : Théâtre, vidéo, photographie documentaire · solo

Conception et mise en scène : Frédéric Laforgue

Interprétation et adaptation : Pierre Cartonnet

Dramaturgie : Nina Ferrer-Gleize

Photographies : Philippe Bazin

Texte source : Michel Foucault (dir.), Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… (Gallimard, 1973)

Durée : 50 minutes

Public : Dès 15 ans · lycéens, étudiants, tout public adulte

Pierre Cartonnet dans la campagne normande — ©Frédéric Laforgue

©Frédéric Laforgue

Le projet

Phrase-clé

Dans quelle langue peut se dire l’intolérable ?

En 1835, dans un petit village normand, un jeune paysan de vingt ans assassine sa mère, sa sœur et son frère à coups de serpe. Pierre Rivière, qu’on dit idiot du village, rédige en prison un mémoire d’une centaine de pages d’une lucidité et d’une intelligence stupéfiantes. Le dossier — psychiatrique, judiciaire, témoignages des villageois, et ce mémoire — est exhumé par Michel Foucault dans son séminaire au Collège de France au début des années 1970, et publié chez Gallimard en 1973. Le spectacle donne corps et voix à cette parole oubliée : non pour expliquer un crime, mais pour interroger ce que pouvoir, savoir et discours produisent comme effacements — et comme dernières prises de parole.

Note d’intention

Axe

Une voix monument contre les discours savants.

Le livre publié par Foucault est l’un des plus étranges du philosophe, et au vrai n’est pas tout à fait un livre du philosophe : Foucault a réuni un dossier constitué d’archives médicales, judiciaires, de témoignages de villageois, autour du crime de Pierre Rivière. À ces rapports d’experts s’ajoute un stupifiant mémoire d’une petite centaine de pages rédigé en prison par Pierre Rivière lui-même — un jeune accusé qui prétendait savoir à peine lire et écrire, et qui se révèle d’une intelligence et d’une capacité d’écriture hors du commun. Foucault et une dizaine d’universitaires interviennent en fin de volume pour situer la complexité et le nouage des luttes de discours et de savoirs — scientifiques, médicaux, juridiques, ou simplement d’opinion (les villageois, les proches) — tissant les rapports complexes du pouvoir et du savoir à une époque donnée, dans un milieu social ordinaire.

Dans quelle langue peut se dire l’intolérable ? Dans son miroir-écran, qu’est-ce que le fou peut nous dire sur l’état du monde ? Comment entendre son rire ? Comprendre comment une folie, si folie il y a, est conduite à s’armer et à massacrer pour accompagner dans la mort ce qui rend la vie invivable. Pierre Rivière, aujourd’hui, n’est pas un simple fait divers, une autre diversion, mais une scène de crime à nulle autre pareille en ce qu’elle interroge le mécanisme de la violence sociale du point de vue du vaincu. Il rassemble en lui plusieurs figures, c’est une sorte de Kaspar Hauser, un Woyzeck plein de vitalité qui court dans le monde comme un rasoir ouvert, mais aussi un Don Quichotte rêvant de gloire, ou encore une Médée sacrificielle.

Suite

Pierre Rivière s’imagine tel un roi couronné parlant la langue des vainqueurs qu’il cherche à subvertir. On le dit idiot, alors qu’il sait discourir, penser, et même inventer en véritable ingénieur des machines et des outils dont il dessine précisément les plans dans son grenier. Il travaille courageusement à la ferme et dans les champs, alors qu’il voudrait devenir un grand homme de la bonne société. Frustré de ne pouvoir occuper plus d’espace et d’échapper à son petit destin invivable. On dit de lui que c’est un monstre, un illettré, une bête puante, alors qu’il est un autodidacte cultivé et capable d’intelligence singulière. Ce qui en fait une figure rare, c’est qu’il a écrit et décrit avec une précision clinique et un style poétique toute l’histoire qui l’a amené à commettre l’irréparable.

Le spectacle donne à voir et à entendre la parole d’une personne restée hors champ, sans voix, sans part. L’histoire de Pierre Rivière est un contre-champ qui présente à la société un différend, une autre manière de parler et de voir, un autre langage. Le dispositif scénique entremêle plusieurs modes narratifs — théâtre, vidéo, photographies. Les photographies de Philippe Bazin, prises lors d’un parcours photographique à travers la campagne normande contemporaine, traversent le spectacle en contrepoint documentaire avec le texte interprété. Elles sont projetées sur des rouleaux-écrans qui se déroulent et s’enroulent, reconfigurant l’espace tel un jeu d’échecs mis en mouvement par le corps de l’acteur. Les chorégraphies de Djibril Ouattara se déploient en spirales et en cercles, donnant à voir le rapport à la terre et le processus de purification du meurtrier.

Si dans un premier grand moment du spectacle, le corps de Pierre Rivière se métamorphose en une sorte de machine-bélier avant son passage à l’acte, dans un second temps il lutte pour exorciser ses démons à travers une longue rédemption. Le dispositif sonore en quadriphonie rapproche au plus près du spectateur la voix de Pierre Rivière, de ce paysan qui n’était pas calculé et qu’on n’entendait pas. Sa voix devient comme une voix-monument, une voix-témoignage, qui réduit peu à peu celles des discours savants et bruyants au silence.

Imaginaire

Iconographie & filiations

Philippe Bazin — campagne normande

Philippe Bazin · campagne normande, 2017 / les paysages effacés du crime

Philippe Bazin — sur les traces de Pierre Rivière

Philippe Bazin · sur les traces de Pierre Rivière / l’archive et le hors-champ

FILIATION · RÉFÉRENCE

« Le lieu du crime est désert. C'est ce qui leur donne une signification politique cachée. »

Walter Benjamin
L'œuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique

Équipe

Une équipe entre théâtre, danse et photographie documentaire.

Conception, adaptation et mise en scène
Frédéric Laforgue
Interprétation et adaptation
Pierre Cartonnet
Dramaturgie
Nina Ferrer-Gleize — artiste photographe, autrice et chercheuse
Musiques et sons
David Lemaréchal
Chorégraphies
Djibril Ouattara
Photographies
Philippe Bazin — Prix Niépce 1999, Villa Médicis Hors-les-Murs 2001
Assistanat mise en scène
Lisa Hours · Mariangela Perili
Régie générale
Pierrick Lafages
Costumes
Elke Vanderpoel
Texte source
Michel Foucault (dir.), Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère…, Éditions Gallimard, 1973.

Disponibilité

Spectacle en diffusion · forme légère, lieu adaptable.

La compagnie apporte l’intégralité du matériel scénique et technique : rouleaux-écrans, vidéoprojection, dispositif quadriphonique. La forme s’adapte à tout type de lieu : théâtres, espaces d’exposition photographique, amphithéâtres, tiers-lieux culturels. Saisons 2026–2027 ouvertes aux programmations.

Durée 50 minutes
Montage 1 service · matériel apporté par la compagnie
Espace de jeu Ouverture min. 3 m · hauteur 2 m · profondeur 2,50 m
Équipe en tournée 3 personnes
Public Dès 15 ans · scolaires lycée et étudiants

Étapes de création et diffusion

Création à l’Institut pour la Photographie de Lille (juin 2023)

Programmation diptyque

Ce spectacle peut être programmé seul ou en diptyque avec Herculine Barbin S/D dans le cadre du programme Les Vies parallèles. En savoir plus →

Tarif : Nous contacter.

Contact diffusion
Production & Diffusion
administration@cielesblousesbleues.fr · 06 10 76 53 75

Partenaires & Soutiens

Partenaires : Institut pour la Photographie de Lille · Université de Lille (Direction de la culture) · Centre Michel Foucault · Association Jardin Michel Foucault

Soutiens : Ministère de la Culture · DRAC Hauts-de-France · Région Hauts-de-France · Département du Nord · Ville de Lille · Ville d’Hellemmes