Une radio-scénie sur l’affaire Salengro et l’affaire Dreyfus — aux origines de la presse de haine.
Comment des calomnies, des campagnes de haine médiatique mènent-elles à la mise à mort sociale ? Comment faire croire à l’écho des rumeurs les plus fantasques, loin de la vérité documentée ? La Rumeur… replonge dans les archives de deux affaires emblématiques pour interroger, à l’heure de la post-vérité, les conditions de fabrication des paniques morales.
En replongeant dans les archives de l’affaire Salengro et du procès de Dreyfus, il s’agit à travers ce projet de théâtre documentaire de s’interroger sur le sentiment d’appartenance à un pays, une nation, une identité. La compagnie poursuit son travail de création d’un théâtre critique, entre archives et arts de la scène, dans une démarche d’éducation populaire.
En nous appuyant sur les archives relatives à ces deux événements retentissants et à l’usage qui en est fait par la presse et les forces politiques de l’époque, nous invitons les spectateurs à plonger avec nous aux origines de la presse nationaliste et des luttes tragiques qu’elle va engendrer. Si — comme nous le pensons — l’affaire Salengro et l’affaire Dreyfus résonnent avec notre actualité, il s’agit de s’en emparer théâtralement, d’en dénouer les fils, d’en saisir les continuités et les ruptures dans l’histoire de notre pays.
À l’heure de la post-vérité, s’emparer de l’affaire Salengro permet d’interroger les conditions de représentation des faits réels, ainsi que la propagation des discours de haine nationalistes dans les démocraties actuelles.
Nous proposons un travail critique qui s’intéresse à la dimension émotionnelle de la rhétorique de la haine, d’une part, et à sa réception, d’autre part. La dramaturgie se tient à la croisée entre le documentaire et la fiction, enchâssée dans un dispositif de radio-scénie.
Ces deux affaires sont pour nous symptomatiques de cette fabrication, dans le réel, d’une rumeur, d’une peur fantasmatique, d’une panique morale, qui vont devenir une vague mortelle. Nous les rejouons ici, en les donnant à voir et à entendre dans leur dimension tragique, à travers les voix, le son, mais aussi les corps des interprètes. C’est une sorte de remontage actualisé de ces affaires, par l’incarnation concrète sur le plateau de personnages qui donnent à ressentir ces émotions politiques.
La collecte de sources diverses — écrits, témoignages, enregistrements et photographies d’époque — est interprétée dans la perspective de cette adaptation radio-scénique. Il s’agit de créer des contrastes et des décalages entre les événements, les archives produites et leur réappropriation par le prisme de la réalisation sonore : traitements sonores, témoignages rejoués, lectures, sons du réel.
Cette forme théâtrale entremêle montage de textes, témoignages de personnages historiques, moments joués, archives sonores et photographiques. Elle tisse une trame entre le documentaire et la fiction, donne à voir et à entendre, à travers ces différents registres de paroles situées, les liens complexes entre l’intime et le politique.
Comment les masses sont-elles façonnées, fascinées par la désignation d’un ennemi de l’intérieur, comme une solution narcotique, une compensation narcissique répondant à leurs angoisses — et peut-être à leur peur de la liberté ?
Le spectacle questionne, dans le même temps, la réception de cette rhétorique de la haine par les masses : la manière dont elles sont désensibilisées, intoxiquées, manipulées, fanatisées — comment elles en viennent à avoir envie, et comme besoin, de croire en ces discours.



Lisa Hours · Frédéric Laforgue
Gérard Noiriel — historien
Clément Goffinet
Ludovic Enderlen
Forme légère et autonome, adaptable aux salles de théâtre, amphithéâtres universitaires, médiathèques et tiers-lieux culturels. Tournée 2026–2027 ouverte aux programmations.