Danse & Théâtre — Création 2022

Le pays
du rêve

Conception, texte, mise en scène : Frédéric Laforgue
Fragment né de la création 2023 “Le temps où nous chantions”
Compagnie Les Blouses Bleues, Hellemmes-Lille
Ô mon corps fais de moi toujours un homme qui interroge
— Frantz Fanon

Une sœur parle de son frère mort dans la rue, tué par un policier stagiaire. Il est là, présent sur la scène comme un fantôme — il danse. Ensemble, ils retracent le parcours de sa vie, dans le pays du rêve.

Danse
Théâtre documentaire
Brutalité policière
Corps & résistance
2 interprètes
Synopsis

Une sœur parle de son frère mort dans la rue, tué par un policier stagiaire. Elle évoque leur vie depuis leur naissance. Il est là, présent sur la scène comme un fantôme en résonance avec elle, il danse. Tous les deux retracent le parcours de sa vie jusqu’à ce soir-là, leurs peurs, leurs désirs, ce qu’il était, et ce qu’ils auraient pu être, dans le pays du rêve.

C’est avant tout sur le corps que la violence sociale, celle de la rue et de la police, s’exerce. Dans son texte Colère noire, Ta-Nehisi Coates montre bien comment les vêtements, chaînes, casquettes, protègent comme une armure. Il y a une sorte de préparation au combat pour affronter la rue, s’entre-exposer, raser les murs, se créer un masque, avoir un regard dur et un corps métallique pour se faire respecter.

Cette parole portée par l’actrice Bwanga Pilipili, c’est comme une conjuration qui continue à le faire exister alors qu’il est disparu. Telle Antigone, elle résiste à l’injustice.

Le spectacle donne à voir un contre-champ : comment raconter une brutalité policière à travers la parole d’une sœur qui ne veut pas croire à l’enquête ayant conclu à la légitime défense ? Donner à voir l’histoire du point de vue des lions et non pas des chasseurs, comme le dit Denetem Touam Bona dans Fugitif où cours tu ?

Extrait

Je montre les photos de la scène. Contre-enquête.

Tu tournais le coin de la rue ce soir-là. Au numéro 75 de la rue des chênes, j’ai planté des fleurs sur le béton.

Une image de toi qui persiste.

Des voisins ont appelé, une patrouille est arrivée dans les cinq minutes vers 21H48.

Tu étais parti voir un ami pour travailler avec lui sur les probabilités.

Tu avais mis un manteau de couleur verte, des baskets rouges, une casquette orange, plusieurs chaînes qui faisaient du bruit.

Ils ont dit :

s’il avait obtempéré, rien de tout cela ne serait arrivé.

s’il n’avait pas tenté de fuir, rien de tout cela ne serait arrivé.

s’il avait eu son permis de conduire, rien de tout cela ne serait arrivé.

Pourtant : nos parents ne sont pas démissionnaires. Ils nous ont toujours appris à être polis, en cas de contrôle.

Travail chorégraphique

Le travail chorégraphique de Serge Aimé Coulibaly veut donner à voir la résistance du corps opprimé à travers les mouvements du danseur Jean-Paul Méhansio. Il s’agit non seulement de proposer des contrepoints de la figure du fugitif, de sa course, de sa traque dans la poussière, mais aussi de ses devenirs — léopard, forêt, zèbre — qui tracent des lignes de fuite pour faire fuir les races, les identités.

La chorégraphie permet d’évoquer la brutalité policière et la confrontation entre les corps métalliques et les corps vivants. C’est le corps du danseur qui donne à voir les marques et les stigmates de l’humiliation et de la violence subies. Les chorégraphies très engagées et intenses font entendre la lutte, les respirations de l’acteur face à l’oppression irrespirable.

Quand je danse, je cherche à atteindre une vitesse — une vitesse de libération. Alors tous mes muscles se soulèvent, me soulèvent, et je quitte la pesanteur… Je danse pour fuir !
— Denetem Touam Bona, “Fugitif où cours tu ?”
Visuels du dossier artistique 2022
Le pays du rêve — Jean-Paul Méhansio — Compagnie Les Blouses Bleues
Son & musique

La musique originale est composée par Malik Berki. Il entremêle des parties de jazz, classique et hip-hop. La structure du rap témoigne de multiples emprunts — musique jamaïcaine, poésie européenne, musique funk, tradition du sermon, joutes rituelles de rue — à travers le travail du DJ samplant différents matériaux et sons pour produire de nouvelles intensités musicales.

Le son spatialisé et entourant les spectateurs permet de faire entendre, à travers un hors-champ sonore, la violence du monde, des émeutes, de la rue, de la bombe atomique. La dernière composition est une musique renvoyant au répertoire du mardi gras de la Nouvelle-Orléans — Malik Berki collabore avec le pianiste de jazz Grégory Privat.

Équipe artistique
Conception, texte, mise en scène
Frédéric Laforgue
D’après les écrits de
Ta-Nehisi Coates, Denetem Bouam Tona, Didier Frassin
Chorégraphies
Serge Aimé Coulibaly
Musiques
Malik Berki
Musiques Jazz
Grégory Privat
Régie générale et lumières
Christophe Fougou
Vidéo
Bénédicte Alloing
Avec
Jean-Paul Méhansio (danseur comédien) et Bwanga Pilipili (comédienne)
Partenaires et soutiens
Ballet du Nord — CCN
Ville de Roubaix
Région Hauts-de-France
Maison Folie Wazemmes
Ville de Lille