D’après Jonathan Crary & Lars von Trier

Le problème
de la nuit

Conception, écriture, mise en scène : Frédéric Laforgue
Création 2017 — Compagnie Les Blouses Bleues
Hellemmes-Lille — Hauts-de-France

Le capitalisme a réussi à nous vendre l’eau, la nourriture, l’amour, l’amitié. Il voudrait nous vendre du sommeil aussi — alors il éclaire la nuit en permanence, pour qu’on puisse continuer à produire sans jamais rêver à d’autres possibles.

24/7
Capitalisme & sommeil
Vidéo temps réel
Chorégraphie
6 acteurs
Note d’intention

Dormir, c’est pour les loosers

Le spectacle aborde les liens du travail et du sommeil. Il s’appuie sur deux références principales : le livre de Jonathan Crary, 24/7, Le capitalisme à l’assaut du sommeil, et le film de Lars von Trier, Le Direktor. La scène se situe dans un grand open space ressemblant à un plateau de tournage, où les acteurs travaillent afin d’améliorer constamment la production grâce aux manuels de relation avec les publics.

Dès le début du spectacle, un acteur réputé est filmé dans le bureau du producteur. Il se voit confier le rôle du manager afin de booster la production en soumettant les autres acteurs au spectacle. Cette entreprise de redressement productif est accompagnée d’un contrôleur connecté à un algorithme calculant les meilleures combinaisons d’émotions afin de parvenir à l’horizon d’attente d’un public imaginaire.

Les acteurs sont prêts à tout donner pour être attractifs et compétitifs, jusqu’à donner leurs larmes recueillies dans un récipient jaugeant de la qualité des émotions requises.

Sur-éclairés sans cesse afin qu’ils continuent à rester éveillés, à tenir debout et à travailler — dépensant l’énergie du lendemain, les personnages sont obnubilés par les lumières bleues des écrans, des ordinateurs, des téléphones portables fétiches qui les connectent sans interruption au décompte de smileys et de likes évaluant leur travail. Ces appareils maintiennent leurs yeux constamment ouverts, à l’instar de l’appareil d’Orange Mécanique de Kubrick, obligeant à ne jamais décrocher.

Ils espèrent tous que leurs ombres réapparaîtront un jour.

— Frédéric Laforgue, mars 2017

La seconde partie

La question du rêve

La seconde partie du spectacle bascule dans la question du rêve proprement dite : une partie visuelle, sonore et chorégraphique qui prend le pas sur les scènes jouées et les séquences filmées. On passe de la scène de la chasse à l’homme, à la question de l’hypnose, de l’interdiction de rêver, et de ce que pourraient être les carnets de rêves des travailleurs de notre société.

Cette séquence s’inspire du travail de Charlotte Beradt, Rêver sous le IIIe Reich. Opposante au régime hitlérien, elle avait rassemblé 300 rêves de femmes et d’hommes ordinaires pour mesurer combien le nouveau régime malmenait les âmes en assassinant le sommeil — l’entreprise de domination totale s’étendant jusqu’à la vie onirique.

Quels sont nos rêves quand on est hanté par la pression sociale du travail ? Quelles images pourraient rester pures sans être investies et liquidées par le capital ?

Le spectacle se termine sur l’évocation d’André Breton et de Les Vases communicants, de l’utopie du travail, de la révolte de la nuit debout — imaginant un retour à la chambre et à la bougie pour méditer poétiquement sur le ciel étoilé. Fuir dans la poésie et l’art pour affronter le monde, ou résister en affrontant la nuit. Une résistance poétique.

Équipe artistique
Conception, écriture, mise en scène
Frédéric Laforgue
Dramaturgie
Sébastien Hoët
Vidéo et scénographie
Alexandre Leroy
Assistant mise en scène
Aurélien Ambach Albertini
Régie générale et lumières
Christophe Fougou
Chef opérateur et drone
Laszlho Sefcick
Costumes
Léa Drouault
Avec
Marie Bourin, Pierre Cartonnet, Amélie Esbelin, Nikola Krminac, Olivier Mellor, Elena Zhilova
Références et inspirations
Jonathan Crary — 24/7, Le capitalisme à l’assaut du sommeil
Lars von Trier — Le Direktor
Charlotte Beradt — Rêver sous le IIIe Reich
André Breton — Les Vases communicants
Aldous Huxley — Le Meilleur des mondes
Stanley Kubrick — Orange Mécanique