Les vies parallèles


Moi Pierre Rivière

D’après Michel Foucault

 

PREMIÈRE VIE PARALLÈLE

Ce livre est l’un des plus étranges de Michel Foucault, et au vrai n’est pas tout à fait un livre du philosophe : Foucault a réuni un dossier constitué d’archives médicales, judiciaires, des témoignages de villageois, autour d’un crime du XIXème siècle perpétré par Pierre Rivière sur sa mère, sa sœur et son frère, tous de condition modeste, dans des conditions particulièrement violentes – à coups de serpe. Le centre du livre est occupé par le mémoire d’une petite centaine de pages rédigé en prison par Pierre Rivière lui-même, personnalité inquiétante, réputée comme l’idiot du village, habité de pulsions sadiques à l’endroit des animaux et des enfants mais aussi par la voix de Dieu qui lui commande intérieurement. Foucault et une dizaine d’universitaires interviennent en fin de volume pour situer la complexité et le nouage des luttes de discours et de savoirs scientifiques, ou simplement d’opinion (les villageois, les proches), tissant les rapports complexes du pouvoir et du savoir à une époque donnée, dans un milieu social « ordinaire ». Pierre Rivière s’y révèle par ailleurs comme une personnalité fascinante douée d’une intelligence et d’une capacité d’écriture hors du commun, ce qui n’a pas peu contribué à l’intérêt de Foucault pour ce cas à la fois trivial et extraordinaire. Ce spectacle entremêle plusieurs modes narratifs pour raconter l’histoire de Pierre rivière, de « cette vie infâme et infime », cette poussière d’humanité. Et ce récit tragique, commenté par un acteur jouant Foucault sur scène, entre en résonance avec le Benji de Faulkner, et le Artaud du suicidé de la société. Dans quelle langue peut se dire l’intolérable ?

 

Interprète : Pierre Cartonnet
Premier laboratoire janvier 2018 : théâtre le garage Roubaix avec la compagnie de l’Oiseau Mouche. En cours de développement. 
Création prévue mars 2021.

Herculine Barbin S/D

 

SECONDE VIE PARALLÈLE – LA QUESTION DU GENRE

Grâce à Michel Foucault, nous pouvons aujourd’hui lire les bouleversants Mémoires d’Herculine Barbin, Herculine qui devint sur le tard Abel. Mémoires retrouvés à côté du lit où reposait Abel après son suicide par le gaz. Qui fut au juste Herculine, qui Abel ? Nous le saurons peut-être un peu mieux après avoir entendu sur scène cette voix unique, singulière mais plurielle, qui parcourut le spectre des “genres” – la personne tour à tour prénommée Herculine et Abel disposant à sa naissance des attributs des deux “sexes”. Comment, dans ce XIXème siècle où la doctrine du “Progrès” fait rage, un Progrès au matérialisme souvent étriqué, peut-on aimer quand on est, comme Herculine, comme Abel, à la fois soi-même et un(e) autre ? Quand on est comme lui/elle, doux, aimant, d’une extrême intelligence, mais si peu conforme à ce qu’on attend, à l’époque comme aujourd’hui, de ce qu’on appelle un homme ou une femme ? À bien des égards, le récit d’Herculine/Abel nous parle d’un passé bien en avance sur notre présent. C’est sa voix, ses voix, et leur trouble innocent, que nous allons faire résonner sur le plateau. 

 

Interprète : Charlotte Talpaert
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