William Shakespeare — Théâtre & Politique

Coriolan

Mise en scène et conception : Frédéric Laforgue
Création 2015 — 16
Compagnie Les Blouses Bleues, Hellemmes-Lille
Durée : 2h30

La guerre dans tous ses états. L’une des pièces politiques les plus réputées du répertoire occidental — et l’une des plus subversives, la moins montée de Shakespeare.

Tragédie
Vidéo temps réel
Composition sonore live
Scénographie immersive

Comme Titus Andronicus, Coriolan a triomphé de l’ennemi. Il rentre à Rome couvert de lauriers, et devient un mythe et un héros pour le peuple. Mais après avoir été adoubé, alors qu’il s’apprête à occuper les hautes fonctions qui lui reviennent de droit au sein de la cité, les représentants du peuple, craignant pour leurs privilèges, font courir le bruit qu’il est un tyran-né. Ils vont conspirer à faire tomber la tête du tyran.

La tragédie de Shakespeare retrace l’avènement de la démocratie aux temps de la République romaine. Dans le contexte d’une disette, le peuple se révolte contre les patriciens pour faire entendre la voix des sans-voix et réclamer la part des invisibles. Il est question du lien entre le politique et la guerre, entre le politique et la violence, du régime démocratique et des rapports que le peuple et les élites entretiennent.

L’une des pièces les plus subversives et les moins montées de Shakespeare — en raison de sa densité propre et des moyens dramaturgiques considérables qu’elle requiert.

La politique comme spectacle, le spectacle comme politique

La pièce de Shakespeare Coriolan entre plus que jamais en résonance avec la crise de la représentation politique moderne. Elle a paradoxalement fasciné à la fois les nazis, qui n’y ont vu que le culte du surhomme et du guerrier tout-puissant, mais aussi Brecht, qui y voyait la pièce de Shakespeare la plus politisée, notamment sur la question de la lutte des classes.

Je veux questionner la guerre depuis le plateau, à travers sa représentation dans et par l’image. Mais aussi travailler le spectacle de la politique, la politique comme spectacle — les discours, les gestes, les meetings des rhéteurs romains, conscients eux-mêmes d’être des acteurs dans la tragi-comédie du pouvoir, font naturellement signe vers le discours de certains politiciens d’aujourd’hui.

Le peuple veut un chef plutôt qu’un maître. Nous entendons plus que jamais, dans la pièce de Shakespeare, les revendications de ce peuple réclamant sa part dans l’espace public.

Je veux donner à voir au spectateur des images rapides et puissantes questionnant notre monde. La formule de Clausewitz — la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens — retrouve dans Coriolan son sens littéral : la politique poursuit la guerre et la redouble, à sa manière travestie.

— Frédéric Laforgue, metteur en scène

La scénographie de Coriolan délimite un espace symbolique constitué de lieux et de non-lieux, de hors-champs. La pièce s’articule autour de trois espaces : l’espace familial (carré de gazon, maquette de guerre animée par un enfant), l’espace du politique (pupitre, prompteur, caméra mobile — les tribuns filmés et déformés en temps réel) et l’espace de la guerre (cyclo fond de scène, canons à CO2, drones en observation).

Le spectacle se fonde sur une adaptation de la pièce à la hauteur de cette rage guerrière — en utilisant, outre le texte, les moyens technologiques actuels : vidéo, composition sonore en temps réel, travail sur la matière du corps. Plusieurs caméras transmettant l’image en temps réel sont manipulées par les acteurs, faisant le jeu de la représentation politique. La voix des acteurs est déformée par des morphing sonores en temps réel, produisant des moments de polyphonie ou de cacophonie.

Mise en scène et conception
Frédéric Laforgue
Adaptation
Sébastien Hoët
Dramaturgie
Christiane Vollaire
Vidéo, scénographie, lumières
Alexandre Leroy
Chorégraphie
Serge-Aimé Coulibaly
Son
Thierry M’Baye
Costumes
Léa Drouault
Maquillage
Élisabeth Delesalle
Construction scénographie
Arnaud Verley
Régie générale
Christophe Fougou
Avec
Fabrice Gaillard, Cyril Texier, Roland Depauw, Anne Conti, Fabien Grenon, Béatrice Courtois, Azeddine Benamara, Jacob Vouters, Roméo Dépret
Coproduction et soutiens
La Rose des vents — Scène nationale Lille Métropole
Le Phénix — Scène nationale Valenciennes
DRAC Nord-Pas-de-Calais
Conseil régional Nord-Pas-de-Calais
Pictanovo