La guerre dans tous ses états. L’une des pièces politiques les plus réputées du répertoire occidental — et l’une des plus subversives, la moins montée de Shakespeare.
Comme Titus Andronicus, Coriolan a triomphé de l’ennemi. Il rentre à Rome couvert de lauriers, et devient un mythe et un héros pour le peuple. Mais après avoir été adoubé, alors qu’il s’apprête à occuper les hautes fonctions qui lui reviennent de droit au sein de la cité, les représentants du peuple, craignant pour leurs privilèges, font courir le bruit qu’il est un tyran-né. Ils vont conspirer à faire tomber la tête du tyran.
La tragédie de Shakespeare retrace l’avènement de la démocratie aux temps de la République romaine. Dans le contexte d’une disette, le peuple se révolte contre les patriciens pour faire entendre la voix des sans-voix et réclamer la part des invisibles. Il est question du lien entre le politique et la guerre, entre le politique et la violence, du régime démocratique et des rapports que le peuple et les élites entretiennent.
La pièce de Shakespeare Coriolan entre plus que jamais en résonance avec la crise de la représentation politique moderne. Elle a paradoxalement fasciné à la fois les nazis, qui n’y ont vu que le culte du surhomme et du guerrier tout-puissant, mais aussi Brecht, qui y voyait la pièce de Shakespeare la plus politisée, notamment sur la question de la lutte des classes.
Je veux questionner la guerre depuis le plateau, à travers sa représentation dans et par l’image. Mais aussi travailler le spectacle de la politique, la politique comme spectacle — les discours, les gestes, les meetings des rhéteurs romains, conscients eux-mêmes d’être des acteurs dans la tragi-comédie du pouvoir, font naturellement signe vers le discours de certains politiciens d’aujourd’hui.
Je veux donner à voir au spectateur des images rapides et puissantes questionnant notre monde. La formule de Clausewitz — la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens — retrouve dans Coriolan son sens littéral : la politique poursuit la guerre et la redouble, à sa manière travestie.
— Frédéric Laforgue, metteur en scène











La scénographie de Coriolan délimite un espace symbolique constitué de lieux et de non-lieux, de hors-champs. La pièce s’articule autour de trois espaces : l’espace familial (carré de gazon, maquette de guerre animée par un enfant), l’espace du politique (pupitre, prompteur, caméra mobile — les tribuns filmés et déformés en temps réel) et l’espace de la guerre (cyclo fond de scène, canons à CO2, drones en observation).
Le spectacle se fonde sur une adaptation de la pièce à la hauteur de cette rage guerrière — en utilisant, outre le texte, les moyens technologiques actuels : vidéo, composition sonore en temps réel, travail sur la matière du corps. Plusieurs caméras transmettant l’image en temps réel sont manipulées par les acteurs, faisant le jeu de la représentation politique. La voix des acteurs est déformée par des morphing sonores en temps réel, produisant des moments de polyphonie ou de cacophonie.